OBÈSE PAR HASARD? Causes et classification – sans jugement – d'un être humain en surpoids

Après quelques années d’expérience auprès de patients obèses, j’ai élaboré de manière simpliste certaines catégories dominantes sur la genèse de l’obésité chez une personne. Il existe en fait 8 familles de patients pour lesquelles la cause du surpoids est différente et dans lesquelles le traitement sera différent.

 

Le premier groupe est celui des bébés en surpoids: il s’agit d’enfants ayant un poids de naissance élevé (macrosomie> 4 kg), pour lesquels les organes endocriniens sont déjà perturbés dans la vie intra-utérine par un diabète gestationnel, une pré-clampsie, une augmentation de poids importante de la mère (dépend du poids de départ). Ces enfants ont déjà eu une empreinte épigénétique au cours des phases cruciales de leur développement. Ce sont des enfants qui au mieux vont pouvoir devenir légèrement en surpoids, mais devront toujours se débattre pour la vie, sinon avec des médicaments pour le diabète de type 2 dans leur enfance. Dans ce cas, il sera difficile pour lui de devenir un adolescent avec un poids correct. Les séjours thérapeutiques et les régimes hypocaloriques ont des effets dévastateurs sur l’estime de soi et le métabolisme de l’enfant. Pour beaucoup, la seule solution sera la chirurgie bariatrique. Je m’abstiens pour le moment d’exprimer un jugement sur la chirurgie bariatrique pendant l’adolescence.

 

Le deuxième groupe est constitué d’enfants chez lesquels les stimuli précédents ont pu être présents mais de manière non spectaculaire. Ils doivent cependant grandir dans une famille où, pour des raisons économiques (pauvreté, difficultés sociales, attribution à d’autres familles) ou organisationnelles (mère au travail, manque de surveillance, laxisme éducatif, éducation confiée à des tiers), les repas sont relégués au fast food, les snacks sont emballés et les jus sont du sucre avec des colorants. Dans ces cas, le seul moyen de s’en sortir est un coup de rein de la famille, capable de modifier et d’imposer de nouvelles habitudes plus saines et plus équilibrées. Nous devrions fermement éviter la restriction une fois le mal causé. Au lieu de cela, poussez l’enfant à bouger et changez les mauvaises habitudes familiales dans la mesure du possible. Si la tentative est un échec, encore une fois, la seule solution reste malheureusement la chirurgie bariatrique.

 

Le troisième groupe est composé de filles et garçons de la bande pré-adolescente. Ces enfants ont tendance à avoir un poids normal ou légèrement en surpoids, qui subit un choc psychologique majeur à un moment délicat de leur croissance. Décès (souvent les grands-parents qui les ont soignés), la séparation des parents, la violence domestique infligée à eux-mêmes ou contre un parent, affectent de manière irréparable cet esprit fragile en train de se forger sans outils efficaces pour lutter contre la douleur. Chaque cellule adipeuse a donc tatoué le mot « AMOUR », mais souvent même si la famille en prend conscience, un effet de chaîne a déjà commencé. Dans ces cas, l’intervention d’un bon psychiatre qui sache cerner le problème et, surtout, un soutien familial visant à accroître l’estime et le respect de soi-même dans l’adolescence.

 

Le quatrième groupe est constitué d’athlètes compétitifs: des garçons qui ont un talent extraordinaire (et il y en a beaucoup!), investissent les premières années de leur adolescence et de leur vie adulte dans des entraînements quotidiens souvent éloignés de la famille. En cas de traumatisme pour lequel le jeune athlète est obligé de s’arrêter, l’inévitable se produit: une crise dépressive, un changement radical de l’activité métabolique, un manque de but, de sorte que le jeune encore plutôt immature perd la tramontane et ne trouve du réconfort qu’avec de la nourriture. Dans ces cas, souvent, le jeune homme abandonne le sport et est donc encore plus éloigné de la résolution car le poids aggravera la blessure. L’estime de soi va subir un grand coup. Dans ces cas, le soutien psychologique devient obligatoire et il est donc essentiel d’encourager le jeune à reprendre l’entraînement (il aura besoin des endorphines qu’il produisait abondamment) ou, s’il n’est pas possible de le reprendre, de le motiver à faire une activité plus appropriée. Toute intervention sur le poids est essentielle au travail psychologique sur le jeune et son identité.

 

Le cinquième groupe est celui des « mariés« : des jeunes d’environ vingt ans abandonnent la famille pour se construire eux-mêmes, mais la vie du couple les amène à prendre conscience de devoirs auxquels ils n’avaient pas pensé jusque-là: le travail, les courses à faire, cuisiner sainement, limiter les dépenses, trouver du temps pour soi-même et l’activité physique, gérer les enfants, gérer des problèmes financiers; ceux sont certaines des choses qui affectent ces post-adolescents qui commencent soudainement à prendre du poids sans même s’en rendre compte. Je dis toujours en plaisantant à ces patients « alors vous devez changer de femme / mari »! Mais le problème va bien au-delà. Le patient doit comprendre qu’il est de son intérêt de rétablir l’équilibre et de retrouver une hygiène de vie. Le problème est que cette prise de conscience se situe entre 40 et 50 ans lorsque le premier comprimé de tension artériel arrive, que le cholestérol augmente, chez les femmes, les symptômes de la ménopause s’ajoutent et chez les hommes les signes d’un dysfonctionnement érectile. Dans un sol aussi consolidé, il doit exister une forte motivation pour changer radicalement le mode de vie.

 

Le sixième groupe est celui des « enceintes« . Les femmes qui ont dépassé l’âge normal de leur adolescence commencent à mettre au monde des bébés âgés de 20 à 30 ans et à prendre des kilos en masse, grossesse après grossesse, sans pouvoir les perdre dans l’intervalle qui les sépare. Souvent, la grossesse est désirée et recherchée, mais il est évident que la charge de stress qui envahit l’esprit de la femme devient insupportable. Il est normal d’avoir peur de ce que elles ne connaissent pas et souvent dans la tête de la future mère s’installent des catchphrases comme « je serai une bonne mère », « que deviendront mes relations » et « mon travail? », « J’aurai un bon accouchement? « , » et si le bébé n’est pas en bonne santé? « . Ces questions et d’autres sont le fruit de la conscience et nous espérons en avoir une; mais souvent, la femme ne trouve pas de réconfort dans l’époux, la famille, les institutions ni même chez le gynécologue ou la sage femme qui la suit. Malheureusement, je vois ces femmes quand elles ont eu 3-4 grossesses et ensuite les kilos superflus sont devenus vraiment trop nombreux et il ne reste plus qu’à intervenir chirurgicalement. Au contraire, je pense que chaque médecin gynécologique a le devoir moral d’imposer un contrôle de la courbe de poids et de comprendre quand le patient a besoin d’un soutien psychologique supplémentaire ou de l’approcher de techniques de relaxation pour la gestion du stress.

 

Le septième groupe est constitué par les traumatismes de l’âge adulte: violences, accidents, attentats, meurtres, chagrins, maladies des êtres chers deviennent une douleur insupportable et incontrôlable. Le patient trouve d’abord le réconfort dans la nourriture, puis l’utilise comme barricade vers le monde. L’aide reçue est souvent médicamentée (antidépresseurs), ce qui accroît encore le gain de poids. Ceux qui ne subissent pas de tentative de suicide, cependant, décident d’être tués lentement (plus ou moins consciemment). D’autres justifient le surpoids vu ce qu’ils ont passé, sans se rendre compte du fait qu’ils mènent une vie difficile et malheureuse. Dans ces cas, j’ai compris que le désir de vivre dois partir du patient et que, dans tous les cas, la perte de poids ne pouvait qu’améliorer la qualité de vie et l’estime de soi. D’autre part, un excellent psychiatre ou psychothérapeute devrait aider à répartir la douleur et à creuser dans le subconscient du patient afin de trouver un levier sur lequel il peut pivoter pour revenir et vivre.

 

Le huitième groupe est composé du surpoids du troisième âge. Chez les femmes, un mélange de ménopause, d’abstention de tabac et de retraite a été mis en interaction avec des problèmes des enfants (séparations, difficultés financières) qui ont déterminé la nécessité pour eux de se réfugier dans l’alimentation. Ces patients sont ceux qui répondent le mieux au rétablissement d’une vie saine. Peut-être aidées par un ballon gastrique et par l’étude de techniques de gestion du stress (méditation, yoga, respiration, tai-chi), ce sont des femmes et hommes disposant de beaucoup de temps dans lesquelles il va falloir  savoir comment ressusciter le sens de la motivation.

Chez l’homme, les mécanismes sont similaires et j’ajouterais également une perte de « finalité ». La mission de l’homme avait été pour tut sa vie était celle de subvenir aux besoins de la famille avant tout sur le plan économique. Arrivé à la retraite, s’il n’a pas cultivé des intérêts parallèles au cours de sa vie, il est perdu. Il faut donc retrouver un « pourquoi » et le bon plaisir de persister dans ce nouvel objectif.

 

Cette classification se veut une vision simpliste des causes de l’obésité et surtout une explication de la façon dont nous ne nous trouvons pas « obèses par hasard ». Il est vrai que la société moderne ne nous aide pas à bien manger, la culture de la bonne nourriture devient plutôt quantitative que qualitative. La pauvreté des relations nous rend plus isolés les uns des autres, empêchant le développement d’un réseau de solidarité collective. Qui est seul reste encore plus seul. Ceux qui ont un problème de poids sont souvent stigmatisés et mis en marge de la société, étiquetés comme « être sans volonté ». En tant que docteur en obésité, j’ai dû suivre un chemin personnel de plusieurs années pour ne pas juger le patient obèse et pour comprendre ses raisons. Je ne blâme donc pas le voisin. J’espère seulement que ma classification, née de l’observation plutôt empirique de mes patients, pourra aider : pour ceux qui sont en surpoids pour mieux comprendre leur chemin, pour ceux qui ne le sont pas, comprendre et non juger le chemin des autres.

 

Avec gratitude

Dr Viola

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